Un enfant à 31 ans, et la porte de l’université se referme pour Charline
À 31 ans, l’arrivée de son enfant a brisé l’espoir de Charline de devenir maîtresse de conférences, après un parcours sans faute dans les études de lettres.
En bref
- Charline, 34 ans, est docteure en littérature et témoigne sous anonymat dans Le Monde.
- Elle a tenté un premier recrutement universitaire alors qu’elle était enceinte.
- Elle a enseigné dans le secondaire tout en continuant à publier.
- Après un second échec de recrutement, elle a renoncé.
Elle avait tout fait dans les règles, et c’est peut-être ce qui rend son histoire si frappante. Charline, 34 ans, docteure en littérature, raconte dans Le Monde comment un enfant arrivé au mauvais moment du calendrier universitaire a refermé la porte qu’elle visait depuis l’adolescence. Son prénom est employé à sa demande, comme pour les autres personnes citées par le quotidien sous un simple prénom.
Un parcours sans faute et un pari assumé
Quinze ans d’efforts jalonnent son chemin vers le métier d’enseignante-chercheuse : classe préparatoire, École normale supérieure, agrégation de lettres, puis doctorat. Rien, dans ce cursus, ne laissait penser qu’elle manquerait d’armes pour décrocher un poste.
Elle voulait aussi un enfant, et pensait pouvoir mener les deux de front. « Je me disais que ce serait difficile, mais que j’y parviendrais. » Autour d’elle, elle voyait des collègues qui avaient patienté jusqu’à obtenir un poste fixe avant d’essayer d’être mères, vers 38 ans, et souvent au prix de grandes difficultés. Elle l’explique par une phrase simple : « Je ne voulais pas prendre ce risque ». Aujourd’hui, elle se demande si elle n’a pas été « trop naïve ».
Le basculement à 31 ans
L’arrivée de son enfant, à 31 ans, a anéanti son espoir de devenir maîtresse de conférences. Les étapes qui ont suivi, telles que Charline les relate, se lisent comme une série de portes qui se ferment.

- Enceinte, elle participe à une première campagne de recrutement et envoie des dossiers longs à constituer à plusieurs universités, partout en France.
- Aucune audition ne lui est accordée nulle part.
- Avec un enfant à charge, elle ne peut pas enchaîner les postes précaires, souvent mal payés, réservés aux jeunes docteurs, qui obligent à se déplacer dans le pays, voire à l’étranger, pendant plusieurs années.
- Elle part enseigner dans le secondaire.
Trois journées en une
Dans le secondaire, la journée ne s’arrête pas à la sortie du collège. Il y a ensuite le tunnel du soir avec le bébé, puis une troisième journée consacrée à la recherche : publier, répondre à des appels à projets, afin de ne pas être oubliée du monde universitaire.
Ce rythme n’a pas suffi. La campagne de recrutement suivante pour les postes de maîtresse de conférences s’est de nouveau soldée par un échec. Épuisée, Charline a alors abandonné.
Son récit reste celui d’une personne, et non une statistique : le journal ne chiffre pas, dans la partie accessible de l’article, le « coût immense » annoncé par son titre. Il n’établit pas non plus que la maternité soit l’unique raison de ses échecs. Mais il montre concrètement comment les contraintes d’un calendrier de carrière et celles d’une vie de famille peuvent se heurter, au point d’user une candidate pourtant solide sur le papier.
Pour les parents qui jonglent déjà entre travail et enfants, la question de la charge mentale n’est pas qu’une affaire d’organisation domestique : ce témoignage rappelle qu’elle se joue aussi dans les trajectoires professionnelles.
Photo : Anastasia Shuraeva / Pexels
